En mai 2023, 15 000 scouts cherchaient toujours des endroits de camp pour l’été qui arrivait. Trouver un site n’est pas toujours facile… surtout quand certaines communes veulent instaurer des règlements pour limiter les camps sur leur territoire. C’est le cas de Comblain-au-Pont. Approuvé à l’unanimité pour limiter les camps, ce règlement semble aujourd’hui être remis en cause par les différents partis.
À Comblain-au-Pont, les scouts sont régulièrement de passage. Cette région verte et vallonnée de la province de Liège, est propice à l’organisation de camps, que ce soit en prairies, sous tente, ou dans des bâtiments loués aux mouvements de jeunesse. Néanmoins, ces camps ne sont pas au goût de tous.
Au printemps 2024, le conseil communal a décidé de limiter ces organisations aux trois dernières semaines de juillet, et ce à partir de l’été 2024. Une mesure que la Fédération des Scouts trouve difficilement compréhensible. « À Comblain, il n’y a peut-être que 18 camps sur un été. Ils parlent de nuisances, mais sans être revenus vers la moindre fédération », explique Gilles Beckers, responsable des relations publiques chez Les Scouts. Selon lui, la régulation des camps scouts est bien en place. La Fédération a coécrit un modèle de règlement en 2021 pour l’accueil des camps avec le Ministre des pouvoirs locaux, et d’autres instances, tel que les services de police, de secours et le Département de la Nature et des Forêts. Ce texte sert de base pour les règlements communaux, qui peuvent l’adapter en fonction de leurs besoins. Mais « parfois, il y a des règles qui sortent du chapeau et qui n’ont pas de sens », poursuit Gilles Beckers. Quand un règlement pose question, les Scouts se rendent sur place pour en discuter directement avec la commune concernée.
Un règlement « complètement ridicule »
Ce règlement, approuvé à l’unanimité par le conseil communal, a été initié suite à de nombreux appels et plaintes de riverains. « Nous ne sommes pas anti-scouts », explique le bourgmestre Jean-Christophe Henon (Groupe IC), « mais peut-être contre une certaine forme de scoutisme ». Le maïeur dénonce surtout les nuisances sonores excessives, qui impactent les riverains, de la part de certaines unités qui utilisent des sonos ou encore se raccordent à l’eau sans demander d’autorisation à la commune.
« C’est complètement ridicule », s’exclame Henri Defgnée, l’administrateur de l’ASBL ‘Montoise’, qui organise chaque année des camps scouts dans ses gîtes. Ceci est une grosse source de revenus pour lui, et surtout pour entretenir ses infrastructures. Mais pour lui, ce sont avant tout les mouvements de jeunesse qui sont pénalisés.
Afin que le camp se déroule dans les meilleures conditions, Henri Defgnée a instauré son propre règlement, qui prévoit certaines interdictions, le tri de poubelles, ainsi qu’un rappel lié aux nuisances sonores. Il doit impérativement être signé par un responsable qui sera présent pendant toute la durée du camp. « Je le fais pour m’éviter les éventuels problèmes futurs », assure-t-il.
Face au nouveau règlement communal qu’il trouve dérisoire et injuste, Henri Defgnée a introduit un recours au Conseil d’Etat. Son argument ? Il ne fallait pas généraliser la limitation de camps scouts à tous les endroits de camps de Comblain-au-Pont, mais plutôt trouver des solutions pour les endroits qui posent plus problème. Henri Defgnée prédit que la décision du Conseil d’État lui sera favorable, mais il ne devrait pas avoir de réponse dans l’immédiat.
Frédéric Flagothier (Comblain Demain, opposition) comprend la démarche. Même si son parti a approuvé le règlement communal, il nuance aujourd’hui en soulignant que le dossier est arrivé très vite sur la table, avec peu de temps pour le prendre en considération. Pourtant, le règlement « méritait beaucoup d’attention, parce que ça concerne les enfants », explique-t-il. Comblain Demain estime qu’il faudra retravailler le dossier et plutôt essayer de trouver une solution à l’amiable, au cas par cas, selon l’emplacement du camp. En effet, un camp qui a lieu dans des champs reculés ou un camp en plein centre du village n’aura pas le même impact sur les riverains.
Et en 2025 ?
L’été 2024 a été plus serein, avec moins de plaintes de nuisances sonores. Selon le bourgmestre, c’est la « pression » du règlement qui a mené à plus de discipline. C’est pourquoi Jean-Christophe Henon explique que la mesure peut encore évoluer, tant qu’elle préserve le confort des riverains. Frédéric Flagothier exprime que « tout conseil communal, comme tout homme politique peut revoir sa position ». Il mentionne que la priorité de son parti sera d’assurer la sécurité des camps et non de les restreindre.
La commune attend la décision du Conseil d’Etat et agira en fonction. De son côté, la Fédération scoute poursuit sa collaboration avec les communes pour veiller au bon déroulement des camps. Le scoutisme est une solution pour beaucoup de familles l’été, qui préfèrent voir leurs enfants jouer dehors. Revoir ce dossier qui touche les jeunes en premier lieu sera un point d’attention de la prochaine législature.